VERS SOI

La peinture de CORINTHIOS est un verbe.
 
Pour ceux qui, depuis plus de 25 ans la voient batailler, rire, s’exposer, se donner, pleurer et laisser ses couleurs la transporter, une chose est claire, la peinture de Christiane est un verbe.
 
Est-ce par impudence, qu’elle nous convie en ses arcanes les plus souterraines ?
Est-ce par témérité qu’elle nous entraîne vers ses lames les plus vibrantes ?
Non c’est parce qu’elle brûle du feu de la générosité la plus naïve, la plus fraîche, celle des enfants… Et celle des mystiques.
 
Il n’y a aucune différence entre la peinture de CORINTHIOS et l’impitoyable déconstruction du regard créateur, celui qui brûle les apparences, qui trouve la paix dans l’œil du cyclone.
Cet appétit de peindre, cette calme frénésie, me rappelle Malcolm de Chazal : »ricanements partout ailleurs, dans la source seule l’eau rit. »
Mais pas de panique pour autant !

C’est dans cette vulnérabilité, dans la joie et  la souffrance, dans ce brasier du désir de vivre, que brille l’invitation au détachement.

Alors le royaume du verbe se dévoile.

La peinture de CORINTHIOS est un verbe : ETRE

François Fronty - 1995

SOLIDAIRES, SOLITAIRES
 

 L’expérience physique, intellectuelle, émotionnelle, spirituelle qu’on nomme « peinture » n’a pas besoin des mots pour exister. Même si les mots ont été mis au service de la peinture depuis les Surréalistes ou le Pop’Art, et compte non tenu de leur (sur)exploitation par le graphisme et la publicité.

Pourtant, l’importance des écrits sur la peinture, ou générés par la peinture, est évidente. Je pense à cette nouvelle de Camus, dont le personnage principal est un peintre qui travaille sur une toile où l’on distingue un mot, sans réussir à le lire : s’agit-il de « solitaire » ou de solidaire » ?
Il me semble que la peinture de CORINTHIOS se situe précisément au cœur de ce paradoxe. Solitaire et solidaire.

Observant par intermittence l’évolution de son travail depuis quelques années, j’y vois une histoire singulière, avec ses espoirs et ses doutes, sa générosité et ses souffrances. Et j’y vois aussi un reflet des temps présents, ces temps menaçants où la solidarité des regards est particulièrement nécessaire.
Solidarité et singularité des regards : des mots possibles pour désigner la peinture de CORINTHIOS.

Comment puis-je aller vers l’autre, le comprendre, c’est à dire tenter de l’aimer, si je ne vois pas que son chaos est aussi le mien. Comme le dit le cinéaste palestinien Elia SULEIMAN, « Je veux amener chacun à chercher la part de fascisme qu’il porte en lui ». Pas pour Christiane, qui connaît l’histoire de ces familles où l’on parle le grec, l’arménien, l’italien, le turc et le français. La sienne par exemple.
Dans les tableaux de CORINTHIOS,  je ne sais pas si les mots sont entrés par effraction ou si ils se sont échappés d’un trop plein de choses à dire. Mais je sais qu’elle continue son chemin avec courage, et que son travail appelle notre regard, notre capacité à être simplement attentif à notre monde in/extérieur.

François FRONTY - 2005